Il y eut d’abord un vertige, comme si mes pensées flottaient en dehors de moi. Puis, tout se dilata. Le silence s’épaissit, devenant presque une matière. J’étais à la fois là et ailleurs. Une vibration me traversait, douce mais irréversible.
Quand mes yeux s’ouvrirent, je n’étais plus dans l’oliveraie. Le sol avait disparu. J’étais allongé, suspendu dans un halo translucide, baigné d’une lumière nacrée. Autour de moi, l’air semblait vibrer comme de l’eau sous tension. Je voyais mes membres, mais ils semblaient détachés, comme en apesanteur.
Trois formes étaient là. Une ombre fluide, de petite taille, qui semblait m’observer sans yeux. Deux autres silhouettes, hautes, minces, aux bras allongés, m’entouraient. Elles ne bougeaient pas. Leurs doigts, presque trop nombreux, étaient posés sur des sortes de cristaux lumineux.
Entre elles, flottait une sphère métallique, lisse, avec un œil au centre. Cet œil me fuyait dès que je le fixais. Et pourtant, il savait tout de moi. Chaque souvenir, chaque peur. Je le sentais sonder, enregistrer… ou peut-être restituer quelque chose.
Je ne ressentais aucune peur. Juste un calme dense. Comme si tout était orchestré. Comme si j’avais toujours su que ce moment viendrait. Le temps n'existait plus. J'étais une pensée, une onde, un souvenir entre deux mondes.